Tout d’abord, et en guise de préambule, permettez moi de vous faire part de ma difficulté à venir vous parler aujourd’hui de pédagogie.
Celui qui veut évoquer ce sujet doit d’une façon ou l’autre, se projeter vers l’avant et se questionner sur les outils au service du projet musical.
Or, le contexte actuel de la diffusion culturelle ne nous permet pas, c’est le moins que l’on puisse dire,
d’envisager l’avenir sereinement.
On pourrait dire pour aller à l’essentiel que le seul message clair que nous donne aujourd’hui, l’ensemble de la classe politique à part quelques rares voix éparses, réparties à gauche comme à droite, c’est :
« Un projet culturel sera désormais viable, s’il est rentable commercialement »
Dans cette situation, on peut évidemment s’interroger sur la place que va prendre la culture dans notre société, et en ce qui concerne le secteur musical, se poser quelques questions :
Dans quel contexte jouerons les musiciens de demain ?
Que leur demandera-t-on de jouer ?
Quelle sera la place des professionnels ?
Comment continuera à s’exprimer la diversité des esthétiques ?
Mais cette situation préoccupante ne doit pas occulter d’autres données qui doivent aussi, nous aider à envisager les temps à venir.
L’histoire elle aussi, parle.
En ce qui concerne le domaine des musiques traditionnelles, on assiste dans les années 80 à l’ouverture des premiers départements dans les structures de l’enseignement musical institutionnel, on délivre les premiers DE, CA de musique traditionnelle( il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet).
20 ans après, on peut dire que si cette avancée a aidé à la reconnaissance de ce secteur musical, par contre, du point de vue du projet initial qui visait à ce que les différentes pratiques musicales en présence au sein d’un même lieu, puissent se croiser, voire se féconder à travers des projets pédagogiques innovants, la réalité du terrain offre un autre visage.
Ces nouveaux départements comme ceux d’autres secteurs musicaux créés à la même époque (Jazz, musique ancienne, baroque, actuelle…) ont plutôt eu tendance à recréer à l’intérieur de l’institution des structures généralement assez hermétiques vis-à-vis de l’extérieur.
On pourrait analyser les raisons de ce phénomène, mais là n’est pas mon propos, et loin de moi l’idée de faire porter la seule responsabilité à la structure, ou aux professeurs voire aux élèves.
Il y aurait sans doute à creuser pour comprendre cet état de fait, du coté du désir d’affirmation de soi pour des secteurs jusqu’alors considérés comme marginaux.
(« Moi aussi, je sais faire de la musique compliquée et j’ai besoin de personne pour ça. »)
Pourtant, une demande réelle de plus grande transversalité s’exprime.
Si je prends l’exemple du violon, (je suis violoniste !), et que j’essaye de lister ce qu’on peut demander à un violoniste en fin de parcours pédagogique, je citerais dans le désordre :
Connaître la technique de son instrument,
Lire une partition,
Improviser,
Pouvoir inventer de la musique dans différents contextes,
Jouer avec un micro,
Comprendre la logique de l’espace scénique…
Il ne s’agit pas là de prêcher pour un quelconque zapping musical, mais d’accepter de considérer que même si on joue du violon la route n’est pas déjà toute tracée à l’avance et que les réalités musicales du monde contemporain sont multiples.