Le collectif des professionnels des musiques et danses traditionnelles ou,cpmdt a été créé suite aux événements de 2003 qui ont gravement secoué le milieu de le culture .
Quelle(s) idées ont précédé la création de ce collectif?
Pour la premiére fois à ma connaissance, à l'occasion des actions à propos de l'intermittence du spectacle , des musiciens professionnels de tout le secteur des musiques traditionnelles se sont mis à une même table pour réfléchir ensemble à des actions communes et ceci en dehors des questions artistiques, historiques ou géographiques qui jusqu'à présent avaient plutôt contribuer à les éloigner qu'à les rapprocher.
Ainsi, un certain nombre d'acteurs ont-ils pu se rencontrer et constater qu'ils avaient beaucoup de choses à se raconter, bien au delà d'ailleurs des seules questions relatives à l'intermittence.
Une fois l'été fini, ils ont décidé de continuer à échanger, à réfléchir et à lutter à travers ce collectif.
Qui regroupe-t-il? Combien? Quel est son projet? Ses objectifs? Ses moyens? Son fonctionnement interne ?
Suite à notre premiére rencontre nationale qui s'est tenue à Correns au « Chantier » en septembre 2004, nous avons rédigé un manifeste qui a d'ailleurs été publié précédemment dans vos colonnes.
70 personnes morales ou physiques, l'ont déjà signé, musiciens, structures, associations, diffuseurs, ou journalistes dont la moitié a adhéré à l'association porteuse du collectif.
Ce manifeste consultable sur notre site cpmdt.free.fr cherche à établir une sorte d'état des lieux critique du secteur des musiques traditionnelles et à travers cela, de la place qu'y occupe les artistes professionnels.
Notre action vise à une réflexion sur la spécificité et les fondamentaux de nos pratiques artistiques ainsi que sur les formes de diffusion de ce travail tant à l'intérieur quà l'extérieur du milieu .
Ainsi, notre derniére réunion du premier décembre 2005 a défini un ensemble de réunions thématiques au cours de l'année 2006, qui aborderont un certain nombre de sujets qui nous tiennent à coeur:
repérage et listing deslieux de diffusion des musiques traditionnelles, rédaction d'une charte du diffuseur , partenariat, aide au projet, formation professionnelle, production, réalisation, distribution d'un CD.
Enfin notre deuxiéme rencontre nationale en novembre 2006 abordera le rapport musique-danse ainsi que les relations entre musiques du monde et musiques traditionnelles françaises.
Nos moyens reposent au jourd'hui sur le volontariat et sur nos cotisations, et jusqu'à présent cela ne nous a pas empéché de nous réunir et de travailler.
Notre fonctionnement est celui d'une association loi 1901 avec bureau, conseil d'administration...
Quel rapport le collectif entretient-il avec les institutions? Avec les autres acteurs du monde trad/mus du monde?
Un de nos objectifs est de faire connaître notre collectif auprés des différentes institutions et d'être force de proposition et de représentation de notre domaine artistique.
Aprés presque 3 ans d'existence de ce collectif, quel bilan tirez vous de votre action?
Il est toujours difficile de descendre du vélo pour se regarder pédaler,
mais aprés 3 ans d'existence, l'envie est toujours là et les projets ne manquent pas.
Par ailleurs, comme beaucoup d'artistes, même si nous travaillons parfois en groupe ou en collectif, nous oeuvrons finalement dans une relative solitude, alors nous prenons à chaque fois beaucoup de plaisir à nous rencontrer. Si jusqu'à présent, nous avons passer beaucoup de temps à échanger, nous allons maitenant rentrer dans une phase plus active et prospective.
Y-a-t'il eu un essouflement de la mobilisation?Avez vous senti une transformation dans l'investissement de chacun? (positive, négative, différente, fataliste, raisonnée,...)
Pour répondre à cette question , il faudrait pouvoir faire la part des choses entres les difficultés que rencontre chacun d'entre nous dans son travail et l'intéret porté à notre collectif.
Aujourd'hui, tout le monde sait ou devrait savoir, que le monde de la culture à part quelques niches jalousement gardées, se porte mal.
Les expressions marginales sont naturellement les premiéres touchées .
Dans ce jeu de massacre, nous sommes en premiére ligne et plusieurs artistes professionnels reconnus dans notre milieu, sont aujourd'hui sérieusement en difficulté, les jeunes musiciens quand à eux, hésitent à se professionaliser.
Dans ce contexte, l'investissement de chacun dépend evidemment de sa position professionnelle.
Aprés les graves secousses de 2003, quel regard portez vous aujourd'hui sur les problématiques des carriéres d'artistes, de professionalisation, d'aide à la création?
Il faut savoir que l'idée qu'il y ait des musiciens professionnels dans le secteur des musiques traditionnelles ne va pas de soi pour tout le monde!
C'est d'ailleurs une raison qui a beaucoup contribué à l'émergence du collectif. Ce n'est pas le lieu ici de débattre de cette chose là, qui à mon sens ne devrait pas faire débat.
L'histoire a parlé, que seraient aujourd'hui les musiques traditionnelles sans le travail du secteur professionnel en étroite relation avec celui de la pratique amateur?
Par ailleurs personne ne peut dire aujourd'hui ce qui va rester du paysage culturel de ce pays ne serait- ce que dans les 5 ans à venir.
Les transformations sont bien plus rapides que tout ce que l'on avait pu imaginer.
J'ai en ce moment, pour coutume de répondre, quand on me pose ces questions sur le développement de nos carriéres, que je ne sais pas si je serais toujours musicien professionnel l'année prochaine !
Pour illustrer la situation du moment on pourrait dire que chacun d'entre nous a acheté une petite pelle, et creuse sa tranchée aussi vaste et confortable que possible!
Pour nous, une forme de guérilla a commencé, et ce n'est sans doute que le début.
Nous pensons l'avenir plutot en termes de survie qu'en termes de développement.
Mais s'il faut parler de création, nous sommes prêts, alors parlons en.
Il suffit pour cela de poser quelques questions simples.
Ou va l'argent public ? Qui est aidé ? Dans quelles proportions? Pourquoi?
Nous savons tous que le pouvoir politique de ce pays a déjà répondu à ces questions, mais comme nos petits camarades nous allons pousuivre la bagarre pour pouvoir continuer à exercer nos métiers dans les meilleurs conditions de création et de diffusion.
Qu'est-ce qui vous semble aujourd'hui le plus urgent de défendre?
Le plus urgent à régler?
Le laxisme avec lequel l'état traite depuis 3 ans la question de l'intermittence vient confirmer qu'il importe de redonner un sens au mot culture dans le débat publique.
Est-ce qu'on pourrait arrêter 5 minutes de parler de ce que la culture coute, pour parler aussi de ce qu'elle rapporte.
On sait depuis longtemps qu'elle génère du lien social , de l'activité économique, des représentations du monde contemporain, des repéres identitaires...
Est-ce qu'on peut décemment accepter comme seuls projets culturels diffusés, ceux de la culture commerciale?
C'est bien l'absence totale de projet politique pour la culture qui pose question en ce moment. Seuls quelques trop rares élus tiennent un discours sensé sur ce sujet.
Alors soit, la gravité de la situation arrive à déclencher un réel débat auquel s'associent tous les maillons de la chaine, soit...
Dans ce travail, nous pouvons apporter notre réfléxion sur les questions qui agitent le monde contemporain :
Quelles relations existent entre un individu, son espace de vie, son histoire, sa culture et le reste du monde? Comment font-elles sens dans le développement de chacun et dans sa conpréhension du monde?
Et cela, nous pouvons le faire sans exclusion, austracisme ou dérive folklorisante identitaire, notre pratique artistique nous ayant conduit depuis bien longtemps, à comprendre l'impasse de telles postures.
Que proposez- vous pour y arriver? ( propositions constructives et réalistes).
On peut vraiment s'interroger sur les modes opératoires les plus efficaces aujourd'hui.
Là encore, pour reprendre l'exemple de la gestion de la crise de l'intermittence, aux solutions proposées ( entre autres par le très officiel comité de suivi) nous a répondu un grand silence...
Il ne s'agit plus seulement de proposer , il faut savoir maintenant comment se faire entendre.
C'est la question du fonctionnement de notre démocratie qui est posée, ni plus ni moins.
Pour le CPMDT, jean -françois Vrod, Président.